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Jeux de dés

 
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Lorien


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MessagePosté le: Sam 8 Nov - 18:22 (2014)    Sujet du message: Jeux de dés Répondre en citant

 On trouve les dés aux Moyen Age dans les sources textuelles (essentiellement judiciaires et administratives) et iconographiques. Dans ce dernier cas, la représentation en est déformée : ils sont agrandis par le dessinateur qui veut mettre en avant les travers des joueurs ou bien tout simplement pour des raisons techniques : il est ainsi plus facile de représenter les points dessus. Dans les sources textuelles, on trouve les dés sous la forme « alea et taxillus » pour les textes ecclésiastiques, et « decius » dans les textes en langage courant.



Quelques aspects matériels :

1/ les dés
On était dès le XIIIème siècle, attentif à la fabrication des dés. Les statuts des déciers de Toulouse en 1297 précisent que les dés doivent être « ex toto perfecti ». On avait l’habitude se livrer à un examen minutieux des dés avant une partie.
Les sources archéologiques donnent quant à elles des dimensions variables mais on constate une prépondérance des petits dés (entre 5 et 10 mm de côté). Ces faibles dimensions permettent aux joueurs de transporter lui-même ses propres dés. Il semblerait d’ailleurs que les dés étaient des objets personnels, auxquels le joueur tenait beaucoup. En général, les joueurs en avaient plusieurs sur eux... Ce qui n’était pas sans favoriser les soupçons de tricherie aux cours de la partie, leur petite taille facilitant les échanges. Ils étaient en général conservés dans une bourse avec les pièces.
Le dé médiéval était donc sensiblement plus petit que le dé romain. La grande majorité des dés retrouvés sont en os ou en bois, voire en argile. Cependant on en trouve aussi mais beaucoup plus rarement dans des matériaux plus précieux tels que l’ivoire ou plus difficiles à travailler comme le métal, la pâte de verre ou la pierre. L’utilisation de l’os explique le fait que la majorité des dés avaient de petites dimensions : il était en effet plus facile de les tailler dans ce matériau. La plupart des dés sont en fait, réalisés en matière combustible, et bien souvent lorsqu’une partie dégénérait, ces derniers volaient au feu. Il faut peut être aussi voir là un stratagème pour faire disparaître un objet peu orthodoxe...

A quoi reconnaît-on un bon dé ? La première règle est d’avoir un dé régulier. « Tu feras cele chose de six costés quarrée » recommande le diable à un sénateur auquel il vient de dévoiler les mystères du jeu. Les dés trouvés en fouille portent tous cette caractéristique : leurs arrêtes sont vives et se coupent perpendiculairement. Une telle forme ne s’obtient qu’à partir d’une matière dure : l’os ou l’ivoire. La taille d’un dé dans du bois ne permet pas d’obtenir cette forme caractéristique, ainsi qu’en atteste un dé trouvé à Charavines. Les statuts parisiens de 1260 interdisent la fabrication de « dez longuez », « ce est a savoir frottez a pierre ». Cette remarque nous montre déjà à l’époque, l’existence de dés « longs », c'est-à-dire légèrement ovoïdes. Les dés vendus ne doivent en outre, pas être ébréchés. Un autre élément fondamental est la manière dont sont disposés les points sur le dé : la pointure. « Pointoyer » est un synonyme de « jouer aux dés ». Les statuts toulousains (1297) imposent le marquage encore utilisé aujourd’hui : celui dont le total des points de 2 faces opposées est égal à 7. Cette uniformisation avait pour but de réduire les innombrables contestations qui surgissaient au beau milieu des parties. De plus, les points doivent être blancs de façons à mieux ressortir sur le dé en os gris ou brun. Lorsque la disposition des points n’est pas respectée, le dé est dit « mespoinz ». Mais plus que la disposition aléatoire des points sur le cube, c’est la répétition du même nombre de points sur plusieurs faces qui caractérise les dés « mespoinz ». Un dé peut aussi porter un point supplémentaire : Une fois, Bernard de Clairvaux, joua son cheval contre la possession de l’âme de son adversaire. Ce dernier, joueur expérimenté, jeta trois 6 (Tonton ???) et obtint 18 points. Bernard ne pouvait espérer qu’égaler ce score. Or, il lança les deux premiers dés et obtint deux 6 et, en le lançant, le dernier se brisa en deux, donnant naissance à deux nouveaux dés, marquant respectivement 6 et 1. Il l’emporta donc avec un total de 19 points !
Enfin, il faut se méfier des « dez ploumez ». Le procédé, bien connu consiste à charger le dé de façon à déplacer son centre de gravité. Les textes de l’époque mentionnent l’utilisation de « vif argent ou de plons ».


2/ les tables de jeu
Les dés se suffisent à eux-mêmes et la majorité des parties se sera probablement déroulée sur n’importe quelle surface plane. Néanmoins on trouve dans les textes et l’iconographie, des tables spécialement prévues pour le jeu. Cette table est souvent appelée « brelan » ou « berlenz ». Aujourd’hui le terme désigne une série de trois cartes identiques. A l’époque, il concernait peut être un jeu dont le but était de jeter les dés et obtenir le même nombre de points sur chacun. Mais ce terme, lorsqu’il se rapporte à la table de jeu, désigne une table à 3 pieds. Rappelons au passage que les tables telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existaient pas au Moyen Age. Encore au XVème siècle, la table est un simple plateau de bois, posé sur des tréteaux que l’ont met en place au moment voulu (d’où l’expression mettre la table). Ces tréteaux ont toujours 3 pieds au Moyen Age, et les premières tables fixes qui apparaissent au XVème sous la forme arrondie, n’ont-elles aussi que 3 pieds. « Brelan » désigne donc une petite table à 3 pieds. On peut en voir sur différentes représentations de l’époque, notamment pour les gobelets (www.cupsandballsmuseum.com). Il arrive aussi que la table soit réduite à de plus petites dimensions : c’est dans ce cas un échiquier ou un tablier, suffisamment petit pour être transporté et suffisamment lourd pour servir à l’occasion d’arme de jet (aux vues de certaines lettres de rémission).


3/ le cornet à dés
Evoqué dans les textes mais rarement utilisé, son rôle était d’empêcher certaines fraudes. Il semble qu’il appartienne à un jeu bien particulier qui ‘a pas été identifié.



Quelques jeux de dés : Souces thèse de Jean Michel Mehl les jeux aux royaume de France

La raffle. Elle se joue avec 3 dés. 2 hypothèses : soit il faut obtenir le plus grand nombre de points avec 3 dés pour « raffler » les mises, autrement dit, le jeu le plus simple qui soit. Soit il faut obtenir une tierce ou un brelan pour « raffler », ce qui semble moins probable vu la difficulté d’amener une tierce, qui ferait perdre son intérêt au jeu, alors que ce dernier est LE plus courant des jeux de dés au Moyen Age.
Les 2 hypothèses peuvent se combiner : obtenir le plus grand nombre de points, la sortie d’un brelan autorisant le joueur à « raffler » toutes les mises d’un seul coup.

La Griesche.
La signification de ce terme n’est pas exacte. Au XIIIème, Rutebeuf, lui donne le sens de guignon alors qu’au XIVème Fauvel est présenté comme « le mestre [...] de la griesche », c'est-à-dire comme le maître des tricheurs. Y a-t-il déjà à l’époque, un rapport avec la Grèce ? Un texte du XVème semble l’attester. Pour Jean de Coucy, en 1416, ce terme est une appellation générique du jeu, importé de Grèce. Jeu auquel on s’adonne à de nombreuses tricheries. Aucune information quant aux règles de la Griesche.

Le Dringuet
Il se joue à 2 ou 3 dés et avec un échiquier. On tire à la courte paille pour connaître le premier joueur. Il choisit alors une couleur sur l’échiquier puis lance les dés. Le but étant que les dés tombent sur les cases de sa couleur. Lorsqu’un dé mord, on dit qu’il boit. Le nombre de points n’a ici aucune importance sauf peut être en cas d’égalité. Le jeu de hasard se transforme ici en jeu d’adresse.

Voilà pour les quelques jeux de dés les plus connus au Moyen Age. Les règles ne sont pas faciles à établir puisque aucun texte ne nous est parvenu à ce sujet et on ne sait d’ailleurs pas si ces textes ont existé. Les règles se transmettaient eut être oralement (comme les recettes de cuisines)...
Néanmoins il existe une liste des jeux du XVème siècle dans Gargantua de Rabelais. Cette liste, trop logue à reproduire ici, comporte 218 dénominations différentes...



La triche :

On trichait déjà au Moyen Age... Et plus aux jeux de hasard (les dés en majeure partie) qu’aux jeux sportifs, cela va de soi. Outre les dés, il ne semble pas que les tricheurs du Moyen Age aient essayé de truquer des cartes, ce qui aurait pourtant été facile. C’est peut être parce que ces dernières n’apparaissent que tardivement à la fin du Moyen Age et sont réservées dans un premier temps, aux personnes les plus aisées. En 1410 un registre du Parlement de Paris, qui est en fat le tribunal de l’époque, évoque le cas d’Etienne, en qui ses adversaires voient « un homme très fort joueur de dez, a quoi nulles fois ne pert, par certain art qu’il a ». L’ « art » que cultive Etienne est sans aucun doute celui de la triche.

Triche sur les dés : Les dés truqués, on l’a vu, était déjà connus. Ils sont qualifiés à l’époque de « faulx dez » ou « mauvais dez ». Au milieu du XVème siècle les Coquillards parlaient de « Madame », la « vallée », le « gourt », le « muiche », le « bouton », le « riche », autant de surnom qui correspondaient à une façon de préparer les dés. Il s’agit d’un vocabulaire réservé à un groupe d’initiés dont les membres étaient liés par leur participation à des entreprises de tromperie. Le travail d’équipe donc... déjà au Moye age, également.
Les « dez longuets » résultent d’une technique encore connue : le cut-edge. Il est également amusant de comparer l’orthographe de « mespointz » et « misspotted », ce qui n‘a rien de très étonnant quand on sait que le français de l’époque était la langue utilisée par les hautes classes et l’administration du royaume d’Angleterre... Mais quand même...

Triche avant et pendant le déroulement du jeu : là encore, les techniques n’ont pas beaucoup évolué. On retrouve dans les lettres de rémission et les actes du Parlement, la description de scénarios bien connus, tels que les décrit Robert Houdin par exemple dans « L’art de gagner à tous les jeux ». On commence par choisir une victime et puis le reste est un travail d’équipe, travail à la fois psychologique et technique. Il n’est pas rare à l’époque, de jouer contre un inconnu. On joue également la nuit ou le soir : les tricheurs de l’époque savaient tirer partie d’un éclairage sinon faible, au moins vacillant.
Une technique employée alors consistait à « coucher les dez », c'est-à-dire à les faire glisser plutôt que de les faire rouler : c’est notre Slide-shot. La seule parade consiste à imposer l’utilisation d’un cornet à dés, ce qui semble avoir rarement été le cas.
Au niveau du vocabulaire « beffleur » désigne « ung larron qui attait les simples compaignons a jouer » et « deboschilleur » est « celuy qui gaigne au dez aux quartes ou aux marelles, tout ce que a I simple homme sans luy rien laisser »



Une petite biblio pour ceux que ça intéresse :

Arnld (P.), « The Book of Gamblig », Londres, 1974 ;
Mehl (J.–M.), « Et le démon du jeu s’empara des Français », L’Histoire, 1980.
            « Tricheurs et Tricheries dans la France médiévale : l’exemple du jeu de dés », Historical Reflections, 1981.
Van Humbeeck (J.A.), « Exploitation et répression des jeux d’argent en Flandre aux XIVème et XVème siècles, Tijdschrift voor Rechtsgeschiedenis, 1978.
Scarne (J), « Complete Guide to Gambling3, New York, 1961


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MessagePosté le: Sam 8 Nov - 18:22 (2014)    Sujet du message: Publicité

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