Coquillards de Villon Index du Forum

Coquillards de Villon
Forum de discussion des Coquillards de Villon et des passionnés de reconstitution médiévale

 FAQFAQ PortailSite internet   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

[jeu de cartes] - Origine des jeux de cartes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Coquillards de Villon Index du Forum -> Sources et documentations -> Jeux et jouets
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Lorien


Hors ligne

Inscrit le: 25 Oct 2013
Messages: 222
Masculin
Point(s): 214
Moyenne de points: 0,96

MessagePosté le: Lun 20 Jan - 16:45 (2014)    Sujet du message: [jeu de cartes] - Origine des jeux de cartes Répondre en citant

l'origine des jeux de cartes
http://www.as-tu-vu.com/cartomancie.html    

Le problème, de savoir quand et où l'on a commencé de se servir de cartes comme jeu est probablement insoluble. Ceci seulement parait certain ; de petites plaques revêtues d'images, des figures représentées sur des feuilles ou fiches en papier, ivoire ou métal, ont été utilisées en Extrême-Orient à une époque très ancienne, alors qu'on ignorait encore complètement cet usage en Europe.     
Il ne sera question ici que de leur apparition en Europe. Mais il n'est pas sûr du tout que les cartes de jeu de l'Extrême-Orient semblables à nos cartes soient vraiment comparables à nos propres jeux. On peut même se demander si, parmi les cartes orientales actuelles, celles qui ressemblent aux nôtres ne sont pas imitées de celles ci.
Rien qui se rapporte à un jeu de cartes ne peut être trouvé dans le premier millénaire de la Chrétienté. Les conciles par leurs décrets, les Papes par leur censure, les princes par leurs lois, ont proscrit les jeux de hasard ; ils en nomment beaucoup : les cartes n'y figurent jamais. Dans le Traité des spectacles et des jeux de hasard, attribué à Saint Cyprien, qui fut évêque de Carthage, mort en 258, mais qui fut certainement écrit plus tard, l'auteur ne fait nulle mention des jeux de cartes. Il faut avancer de huit siècles pour trouver une phrase qui pourrait contenir une allusion aux cartes à jouer : le Lombard Papias qui vivait en 1 054, grammairien grec et auteur d'un dictionnaire, se sert de cette expression : mappa etiam dicitur vel forma ludorum ; mappa c'est-à-dire une feuille, se dit aussi pour une forme de jeu. Mais il est bien douteux que ce terme équivale à notre mot de carte à jouer.
Quand l'habitude est-elle née de se servir des cartes à jouer pour prédire l'avenir ? Cet usage n'est certainement pas plus ancien que celui des jeux de cartes. Peucer, dans son commentaire sur les principaux genres de divination, imprimé en 1 552 ne mentionne pas les cartes. Paracelse (1493-1541) qui s'est occupé des différents moyens de connaître l'avenir ne nomme pas la cartomancie. On peut voir dans ces deux absences, une nouvelle preuve de ce que l'argumentum e silentio ne vaut pas pour fixer une date, car un tableau, attribué faussement aux van Eyck, mais qui n'est certainement pas postérieur à la fin du xve siècle, représente un duc de Brabant consultant une tireuse de cartes.
Les documents qui attestent l'usage de véritables jeux de cartes sur notre continent appartiennent au plus tôt à la fin du XIIIe siècle mais l'usage lui-même est certainement plus ancien. Dès qu'il a été une fois mentionné, les preuves abondent ensuite. Dans un édit de Saint-Louis du mois de décembre de l'année 1254 réitéré en 1257, plusieurs jeux se trouvent défendus, parmi lesquels les dés ; les cartes n'y sont pas nommées. Pour trouver ce qui pourrait être une allusion aux cartes à jouer, il faut, après cet édit, avancer de près d'un siècle. En effet, la mention la plus ancienne en France, mais qui est douteuse, a été trouvée par Du Cange : il cite un passage des statuts de l'abbaye de Saint Victor de Marseille en l'an 1 337, où il est question de quelques jeux défendus aux religieux : «  Quod nulla persona audeat nec praesumat ludere ad taxillos nec ad paginas nec ad eyssychum  » ; « Que personne n'ose, ni n'entreprenne de jouer aux dés, ni aux pages, ni aux échecs ». Du Cange explique le mot « paginas » par jeu de cartes : Folia lusoria ni fa lor « Ludos ad paginas nostris ». Ce « jeu aux pages » semble bien être notre jeu de cartes.
Mais les recherches sur la littérature du Moyen Âge jusqu'à la fin du XIVe siècle n'ont mis en lumière aucun texte d'auteur où il soit fait mention du jeu de cartes.
Vers la fin du XIVe siècle les choses changent. A cette époque on commence à trouver mentionnées les cartes dans plusieurs écrits du temps
Toutefois. dans les ordonnances royales de cette époque, les cartes à jouer ne sont pas mentionnées. Pour préciser, nous indiquerons que dans une ordonnance de Charles V de l'an 1369 sont défendus les jeux de dés, de tables, de paumes, de quilles, de palet, de boules, de billes et «  tous autres tels geux qui ne chéent point à exercer ne habiliter nos subjez à fait et usaige d'armes, à la défense de notre dit royaume  »
Les cartes n'y sont donc pas nommées, mais cela n'exclut pas qu'elles puissent être comprises dans la phrase générale qui termine l'ordonnance. Cela semble très probable, si les cartes ont été introduites en France peu avant 1369, en sorte qu'elles n'avaient pas encore conduit à des abus tels qu'elles aient pu attirer spécialement sur elles l'attention de l'autorité royale.
En tout cas l'argumentation e silentio : conclure à la non-existence des cartes ... dans une époque quelconque seulement par le fait qu'elles ne sont pas mentionnées, est hasardeux. Le silence des auteurs et des lois peut avoir une toute autre cause, qui nous échappe.
En tout cas, on trouve mention expresse des cartes en 1377, quand le Prévôt de Paris défend de jouer les jours ouvrables. « Paumes, boules, cartes, dés, quilles »
En Italie, un décret du 23 mars 1375 des prieurs de Florence dit notamment : « Messieurs les Prieurs, voulant combattre les mauvais principes, ayant ouï dire qu'un certain jeu qui s'appelle naibbe a pris pied dans cette région ». Ce jeu des naïb s'était répandu d'une manière telle que le fisc en fut intéressé, un décret de mars 1376 établissant que les droits de douane sur ce jeu ont dus être relevés. La chronique de Viterbe note qu'en 1379 « fut apporté à Viterbe le jeu de cartes, par un sarrasin du nom de Hayl ».
Il en va de même dans pratiquement toute l'Europe méridionale : les cartes à jouer sont mentionnées au plus tôt vers la fin du XIIIe siècle, et pendant tout le XIVe, on les trouve mentionnées très souvent. La mention expresse faite dans la chronique de Viterbe porte à croire que les cartes nous sont venues de l'Orient, d'où elles auraient pu pénétrer par voie de mer.
La plus ancienne représentation d'un jeu de cartes se trouve dans un manuscrit écrit pour Louis II, roi de Naples, et figure des cartes numérales du genre Tarot.
Et maintenant une importante question se pose. On s'est servi pour désigner les cartes à jouer, depuis le XIIe siècle jusqu'au commencement du XVe, de toute une série de termes différents, mais jamais du mot « Tarok » ou Tarot. Quand donc celui ci a-t-il commencé à être employé ? Il est bien curieux que ce nom n'apparaisse que relativement tard, c'est à, dire au cours du XVe siècle et pour indiquer précisément ce qu'il signifie aujourd'hui : des cartes numérales spéciales, accompagnées de cartes emblématiques.
On a cru longtemps sur l'autorité de Garzoni (fin du XVe siècle), que ce mot se trouve pour la première fois chez Raffaël Maffi, dit le Volterran, dans ses Commentaires urbains, écrits en 1480 et publiés à Rome en 1506. Il a été répété par plusieurs auteurs, que Volterran avait distingué les Tarots des cartes communes et en les considérant comme un jeu d'invention relativement récente. Voici ce que Garzoni écrit dans son Discorso LXIX : «  Alcuni altri son giuochi da taverne, come la mora, le piastrelle, le chiavi, et le carte o comuni o tarocchi di nuova invenzione secundo il Volterrano  » - « Il y a encore quelques autres jeux, mais de taverne comme celui de la mora, des disques, des clefs et des cartes, soit les communes, soit les tarots récemment inventés suivant le Volterran ». Un autre auteur italien, le comte Cicognara (1831), suppose que cette invention a été faite par François Anteminelli Castracani Fibbia, prince de Pise, mort en exil à Bologna, en 1419.
Ce sont là de bien étonnantes assertions. Il est invraisemblable au plus haut degré que si le Tarot n'existait pas encore au commencement du XVe siècle, alors que les cartes communes ou françaises du type moderne étaient utilisées depuis longtemps, il ait pu venir à l'esprit de qui que ce soit, de substituer à ces cartes simples et de facile lecture, des cartes à signes compliqués et aussi difficiles à lire que le sont les cartes du Tarot. Et il est encore plus incroyable que le public « des tavernes » les ait acceptées. Heureusement, il a été démontré par Merlin (1869), l'excellent historien des cartes, que le texte du Volterran, auquel Garzoni fait allusion, est de pure invention ; Maffi écrit seulement : «  Chartarum vero et sortium divinationis ludi priscis additi sunt ab avaris et perditis inventi  » - « Aux jeux des anciens sont venus s'adjoindre les jeux des cartes et la divination par les sorts, invention d'hommes cupides et dépravés ». Garzoni a dû citer de mémoire et mal.
Quant à Fibbia, il semble bien qu'il a simplement inventé une nouvelle manière de jouer avec les cartes existantes du Tarot. Il en a ôté 16 cartes numérales (les Deux jusqu'aux Cinq) et il a établi les nouvelles règles d'un jeu qui s'est appelé depuis « le Tarocchino di Bologna » (le petit Tarot de Bologne). Cela a dû avoir lieu comme de nos jours où l'on est passé du Whist par le Bostontridge, à l'Auctionbridge, et toujours avec les mêmes cartes. Le Tarot du XVe siècle était donc composé précisément comme celui d'aujourd'hui.
    
L'essentiel du texte ci-dessus est inspiré de l'ouvrage de Gérard van Rijnberk, réédité en 1981 chez Trédaniel.    
 


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Lun 20 Jan - 16:45 (2014)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Lorien


Hors ligne

Inscrit le: 25 Oct 2013
Messages: 222
Masculin
Point(s): 214
Moyenne de points: 0,96

MessagePosté le: Dim 5 Juin - 11:06 (2016)    Sujet du message: [jeu de cartes] - Origine des jeux de cartes Répondre en citant

BRÈVE HISTOIRE DES CARTES A JOUER
par Thierry Depaulis
 

Qui ne s'est demandé d'où venaient les cartes à jouer ? Qui n'a été intrigué par l'existence de noms sur les rois, les dames et les valets ? Ces questions, voilà près de trois siècles que les historiens se les posent. Le père Ménestrier, le premier d'entre eux, ébauchait en 1704 les grandes lignes : les cartes à jouer ne sont pas attestées en Europe avant la fin du XIVe siècle. Depuis lors, on n'a guère fait de progrès spectaculaire. Là où le savant jésuite s'appuyait sur un compte - aujourd'hui disparu - de l'hôtel de Charles VI évoquant en 1392 l'achat de trois jeux de cartes à Jacquemin Gringonneur, nous pouvons avancer sans risque la date d'apparition des cartes d'une vingtaine d'années. Il est couramment admis aujourd'hui, en effet, que celle-ci se situe autour de 1370.

À partir des dernières décennies du XIVe siècle, le nouveau jeu se répand comme traînée de poudre. Déjà fixé dans sa forme à quatre couleurs, doté de trois figures (sans dame) et de cartes numérales dans chaque série, il est connu dès 1377 à Florence et dans la vallée du Rhin ; en 1379, il a déjà gagné le Brabant. Si la Catalogne a peut-être précédé ces dates de peu, le royaume de France s'inscrit quant à lui en retrait : ce n'est guère avant 1381 que nous trouvons une référence aux cartes.

La question de l'origine a beaucoup hanté les esprits, et les hypothèses ont foisonné. Écartant les fables habituelles qui font intervenir Marco Polo, les Croisés, la Cabbale ou les Bohémiens, sans oublier Jeanne d'Arc... (!), nos regards se portent vers l'Orient, mais proche : le monde mamelouk connaissaient les cartes au XIIIe siècle et le Musée Topkapi d'Istanbul conserve un magnifique jeu enluminé du XVe siècle, très proche des jeux italiens qui lui sont légèrement postérieurs. On en a déduit que les cartes mameloukes avaient été introduites en Europe d'abord en Italie, et plus particulièrement à Venise, ville alors entièrement tournée vers l'Orient. Les Mamelouks ne sont probablement pas les inventeurs des cartes qu'ils semblent tenir de plus loin à l'Est, de Perse sûrement et, au-delà, de Chine. Quoi qu'il en soit, le jeu de cartes avait pénétré de larges couches de la population européenne autour de 1400, laissant seulement de côté les îles britanniques, les pays scandinaves et le monde slave qui ne les reçurent qu'au milieu du XVe siècle.
Les cartes à jouer et la gravure sur bois

Mais comment répondre à l'énorme demande pour ce nouveau jeu de hasard ? Coïncidence heureuse, la xylographie faisait son apparition. Probablement destinée à ses débuts à l'impression sur étoffe, la gravure sur bois rencontra le papier à la fin du XIVe siècle. Elle rendait possible enfin la multiplication mécanique des images. On a beaucoup insisté depuis deux siècles sur cette concomitance, au point de voir parfois dans les cartes à jouer les premiers exemples de la gravure sur bois.

Il n'est pas impossible, toutefois, que l'usage de pochoirs - qu'on appelait alors "imprimures" - ait été la première réponse aux besoins du marché. N'oublions pas que ce sont des "peintres" qui exécutèrent les premières cartes à jouer. Or le terme est fort indistinct et désigne alors aussi bien un artiste enlumineur qu'un tâcheron chargé de peinturlurer un décor éphémère. Au vrai, les deux fonctions sont souvent accomplies par les mêmes hommes.

Quand la gravure sur bois se répandit, elle fut au début entre les mains de "tailleurs d'images" qui produisaient aussi bien des estampes religieuses que des cartes à jouer. Mais les métiers tendent à se spécialiser, et l'on voit vite apparaître des "tailleurs de moules de cartes"', autrement dit des graveurs de bois d'impression de cartes à jouer. On en signale dès les années 1430-1440 à Venise, à Nuremberg et à Lyon, trois villes où les arts graphiques sont en plein épanouissement. À ces techniciens de la gravure, il convient d'ajouter un nouveau métier: celui d'imprimeur de cartes à jouer ou "cartier".

Si la technique d'impression s'apparente à celle des images, où la gravure permet d'imprimer le trait en noir sur le papier, si la mise en couleur à l'aide de pochoirs est la même, la fabrication d'un jeu de cartes exige des étapes supplémentaires. Il est d'abord important de rappeler que l'on n'imprime pas les cartes individuellement mais en planches (de vingt, en général). La feuille imprimée, formant la face, est ensuite contrecollée sur deux épaisseurs de papier, l'une, légèrement brune nommée "étresse", qui est l'âme de la carte, l'autre constituant le dos, presque toujours laissé blanc. Voilà qui assure rigidité et solidité. Il faut encore passer les couleurs, en petit nombre, avec des pochoirs. Cette opération faite, on doit ensuite lisser le carton, ce qui se fait en savonnant les feuilles et en les ponçant avec une pierre dure enmanchée au bout d'une perche que repousse un "ressort" de bois. Le tout est alors découpé et assorti pour former des jeux. Les enveloppes sont pareillement imprimées. Inutile de dire que l'émergence de nouvelles techniques d'impression après 1800 ainsi que l'industrialisation ont totalement bouleversé ces modes de fabrication issus du Moyen Age et que l'Encyclopédie de Diderot et de d'Alembert décrit encore (voir l'article "Cartier" des planches).

Le métier de cartier ne pouvait être que florissant et, dès le milieu du XVe siècle, on voit se former des corporations : ainsi à Barcelone en 1465, à Toulouse en 1466. Lyon, curieusement, malgré un nombre impressionnant de cartiers, resta longtemps rétive à une telle organisation. La qualité et l'abondance de son papier, la situation géographique centrale de la France, sa démographie en pleine reconstitution expliquent certainement l'essor spectaculaire de la production de cartes à jouer dans ce pays. Mais il faut y ajouter les innovations graphiques qui permirent de limiter l'emploi de bois gravés aux seules figures - ou "têtes" : désormais, les "points", réduits à des symboles stylisés traités en à-plats noirs ou rouges, pouvaient être réalisés d'un seul coup de pochoir. Cette simplification des tâches, entraînant une notable réduction des coûts, permit aux cartiers français d'imposer leurs productions à l'ensemble de l'Europe.

Aux XVIe et XVIIe siècles, la France devint ainsi le "grenier à cartes de l'Europe". Ce fut essentiellement l'œuvre des deux principales cités marchandes du royaume, Rouen et Lyon. Grâce à ses débouchés maritimes, Rouen inonde la façade atlantique, de la Scandinavie au Portugal, en passant par les Pays-Bas, devenant en outre le fournisseur exclusif des îles britanniques, pendant que Lyon s'approprie le duché de Savoie et le nord de l'Italie, les cantons suisses, la Lorraine et une grande partie de l'Allemagne. Il en est resté des traces : ainsi les cartes utilisées actuellement en Lombardie et dans le Tessin suisse représentent-elles un avatar de l'ancien portrait de Lyon ; les Anglais et les Américains, et au-delà d'eux une grande partie de la planète, n'utilisent pas autre chose qu'un modèle né à Rouen au tout début du XVIe siècle !
Les cartes à jouer au secours des finances publiques

Les cartiers français sont alors au faîte d'une gloire dont les rois vont profiter. Le XVIe siècle voit en effet l'introduction de taxes sur les cartes à jouer. C'est Charles-Quint qui semble avoir eu cette idée le premier. Criblé de dette, régulièrement acculé à la banqueroute, l'empereur n'eut d'autres ressources que d'affermer à ses créanciers divers monopoles qu'il créait sur l'heure. Ainsi des cartes à jouer en Castille, qui furent fiscalisées à partir de 1543. L'exemple espagnol fut imité ensuite par le duc de Savoie Emmanuel-Philibert en 1579 et par le royaume de Naples en 1577. La France vint à son tour, par la volonté d'Henri III. En 1581, le dernier Valois décida d'ajouter les cartes à jouer aux "traites foraines", ce qui avait pour effet de taxer... un article d'exportation. L'erreur fut, semble-t-il comprise, puisque deux ans plus tard, en 1583, le roi revenait sur sa décision et choisissait de taxer la consommation intérieure. Les cartiers de Lyon et de Rouen protestèrent énergiquement, et les mesure prises, que les guerres de la Ligue ne facilitaient pas, furent abandonnées à partir de 1586.

L'édit et la déclaration d'Henri III n'en forment pas moins le point de départ d'une longue période de taxation. Remis en vigueur par Henri IV en 1605, l'impôt fut perçu par intermittence tout au long du XVIIe siècle. Abandonné en 1671, il fut rétabli par Louis XIV en 1701 dans des termes plus précis et plus efficaces. Suspendu sous la Régence, en 1719, réintroduit en 1745, l'impôt sur les cartes à jouer devait durer jusqu'à la Révolution qui l'abolit en 1791. La plupart des pays d'Europe avaient entre-temps adopté cet expédient fiscal : des États du Pape (1588) à la Russie (1817), en passant par le Portugal (1605) et le Danemark (1661), sans oublier l'Angleterre et les États italiens dés le début du XVIIe siècle. Les États allemands (Autriche, Hanovre, Saxe, Prusse, Bavière, etc.) suivent en masse au XVIII siècle.

La manne apportée par la taxe sur le jeux de cartes ne pouvait laisser insensible une République à court d'argent : l'impôt fut rétabli en France en l'an VI (1798) et perçu sans interruption jusqu'en ... 1945. En 1808, Napoléon avait décidé de mettre un terme à la diversité des portraits régionaux français (Lyon, Paris, Provence, Guyenne, Bourgogne, Auvergne, Languedoc, Dauphiné) et d'imposer un "moule uniforme", c'est-à-dire un même dessin "dans toute l'étendue de notre empire". Confié au peintre David, ce nouveau jeu de cartes fut rejeté par les joueurs que ses audaces graphiques gênaient. Il fallut attendre 1813, et deux autres essais, pour qu'un modèle définitif soit adopté : il s'agissait d'une réfection néo-classique du vieux "portrait de Paris". C'est peu ou prou, mis à double tête vers 1830, le type de cartes que l'on continue d'utiliser en France. Ce portrait officiel fut produit par l'Imprimerie impériale - devenue depuis nationale - qui livrait aux cartiers des feuilles de vingt-quatre figures en noir sur du papier filigrané. Il ne restait plus qu'à colorier, à contrecoller, à découper et à emballer. La méthode permettait de contrôler étroitement les quantités fabriquées et, partant, le produit de l'impôt.

Cette réglementation tatillonne ne fit que se renforcer au cours du XIXe siècle, introduisant en 1817 un as de trèfle spécial, lui aussi imprimé par l'administration, puis un timbre "humide" apposé sur cette même carte à partir de 1890. Les enveloppes devaient recevoir une bande de contrôle, de plus en plus surchargée d'inscriptions réglementaires. Le gouvernement provisoire de la France mit un terme à tout cela en 1945, rendant ainsi aux fabricants français une liberté qu'ils ne connaissaient plus depuis près de deux siècles. Leurs confrères étrangers n'étaient pas mieux lotis, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne, l'Angleterre ou les États-Unis ayant maintenu longtemps un impôt sur les cartes à joueur, il est vrai, entouré de moins de précautions...

Les marques fiscales - timbres, légendes, paraphes, bandes de contrôle, etc. - sont aujourd'hui des repères utiles pour dater un jeu de cartes. Les collectionneurs et les historiens sont friands de ces signes parlants et riches d'informations, car l'importante production française a laissé des traces dans les archives et les musées. Déjà, au siècle dernier, les érudits locaux s'étaient penchés sur ce sujet aux multiples ramifications. Ces recherches, généralement publiées dans des revues d'histoire régionale, ont rendu possible l'ouvrage monumental d'Henri-René D'Allemagne, Les cartes à jouer du XIVe au XXe siècle, une "bible" justement admirée et indispensable, quoique aujourd'hui un peu dépassée sur certains points.

Depuis lors, les cartes à jouer ont donné lieu à de multiples recherches. portant sur l'évolution de leurs figures. sur les procédés de fabrication (particulièrement prolifiques au XIXe siècle), sur les manières de jouer ou sur les artisans qui les produisaient. Des musées thématiques sont nés, en Allemagne, en Belgique, en Espagne et aux États-Unis. La France a désormais le sien, sis à Issy-les-Moulineaux.


Bibliographie essentielle

    D'ALLEMAGNE, Henri-René. Les cartes à jouer du XIVe au XXe siècle. Paris, Hachette, 1906. 2 vol. Reprint : Bologne, Arnaldo Forni, 1975.
    HARGRAVE, Catherine Perry. A history of playing cards and a bibliography of cards and gaming. New York, 1930. Reprint : New York, Dover, 1966.
    HOFFMANN, Detlef. Le monde de la carte à jouer. Leipzig, 1972.
    VERAME, Jean. Les merveilleuses cartes à jouer du XIXe siècle. Paris, Nathan, 1989.


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 15:55 (2017)    Sujet du message: [jeu de cartes] - Origine des jeux de cartes

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Coquillards de Villon Index du Forum -> Sources et documentations -> Jeux et jouets Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com